Etre maçon : les femmes vont au-delà des préjugés

Etre maçon : les femmes vont au-delà des préjugés

 

Bouda Diane et Sanou Marie Cynthia sont deux jeunes filles ayant participé en 2015, à la formation initiale aux métiers de Bâtiment et Travaux Publics, organisée par l‘Institut Supérieur de l’Eau, du Bâtiment et de l’Energie. Projet financé par le Fonds d’Appui à la Formation Professionnelle et à l’Apprentissage (FAFPA). Au début, elles n’avaient aucune connaissance dans le domaine, mais aux termes de cette nouvelle expérience, elles ont atteint un niveau plus élevé de savoir. Aujourd’hui, elles se sont affirmées au prix de la motivation, la persévérance et la détermination.

 

Quand Sanou Marie Cynthia et Diane entraient dans la cour de ISEBE, il y a 4ans, c’était juste pour marquer leur présence à la formation en maçonnerie. Et tout commença par l’apprentissage des notions de base. Puis, elles ont découvert la bétonnière, le niveau à bulles d’air, le niveau à eau, la truelle, la brouette, le dosage des bétons, le mortier, etc. et à les utiliser. « En venant à ISEBE, je n’avais aucune notion. Mais, après cette formation, j’arrive à m’en sortir face aux travaux qu’on me donne sur les chantiers. Aujourd’hui, je suis vraiment contente », a déclaré Marie Cynthia Sanou et à Bouda Diane d’ajouter « La façon de donner les cours, le matériel, la pratique et l’envie aussi y ont contribué ».

Aller au-delà des préjugés

Des femmes sur un chantier, comment les gens vous voient en tant que maçons ? « En tout cas, ce n’est pas facile », répond Marie Cynthia. A l’entendre, les hommes n’ont pas confiance en elle parce qu’ils estiment que c’est un métier réservé aux hommes. « Mais par le travail, explique-t-elle, ils commencent à comprendre que les femmes aussi exercent bien ce métier ».

Sanou Marie Cynthia

Abondant dans le même sens, Bouda Diane a déclaré qu’au début, « Sur les chantiers, les garçons nous négligeaient. Ils disaient que nous, on ne pouvait pas travailler. Donc, c’était obligé qu’on se mette au sérieux pour leur démonter le contraire », a-t-elle lancé. Elle fait l’objet de curiosité des passants. Ainsi, « Quand je construisais, les gens qui me voient sur les murs, s’arrêtaient pour me regarder, pour me poser des questions. Franchement, jusqu’à présent, il y a des gens qui sont étonnés », a-t-elle signifié.

Au prix de la détermination

A en croire Marie Cynthia, lors de la formation, les professeurs étaient compétents, le cadre de formation aussi était bien et à la sortie, elle a reçu du matériel qui lui a servi pour travailler. Elle a, à son actif plus de 7 chantiers sur lesquels elle a travaillé. Le tout premier, c’était à Bilbalgo, puis à Tanghin, ensuite à Saaba, Boulbi, Kienfangué, etc. Soit pour surveiller, soit pour la pratique. « On arrive aussi à avoir de petits marchés », a-t-elle indiqué.

Tout comme Marie Cynthia, Bouda Diane n’a pas baissé les bras contrairement à d’autres apprenants qui ont abandonné ou qui ont décidé de se lancer dans le commerce ou dans d’autres activités. Actuellement, Diane est devenue contrôleur de chantier. Son secret « C’est l’amour du travail. Après ça, on a essayé d’avoir des entrepreneurs pour faire beaucoup de pratique. En tout cas, aujourd’hui, ça va. Par rapport aux autres ouvriers, il n’y a pas match », rassure t-elle.

Bouda Diane, en pullover rouge

Pour Boubacar Kanté, président de l’Association des Ouvriers du Bâtiment et des Travaux publics (AO/BTP), partenaire de ladite formation et structure dans laquelle nos apprenants sont en perfectionnement « Nous avons apprécié la formation parce qu’ils (Sylvain Simporé, Bouda Diane, Sanou Marie Cynthia et Biba Ouédraogo) avaient une base plus pratique que les autres. Quand ils sont venus, ils ont continué directement sur le terrain. On n’avait pas besoin de revenir en arrière. Aujourd’hui, je peux dire dieu merci parce qu’ils arrivent à travailler avec leurs dix doigts », a laissé entendre Boubacar Kanté. De l’avis du vice-président Souleymane Dipama, « C’est certainement à cause du principe de théorie 25% et pratique 75% que les apprenants de l’ISEBE sont venus avec un bagage intellectuel très important, immédiatement opérationnels et bien qualifiés » et de renchérir « Ça a été salutaire. Ils ont pu s’insérer facilement. Beaucoup sont sur des chantiers », a-t-il argué.

Boubacar Kanté, président de AO/BTP

Solidaires des autres

Marie Cynthia et Diane ont émis le vœu de pouvoir accompagner ISEBE dans le cadre d’autres formations à venir. Elles sont prêtes à apporter leur contribution, à partager leur expérience avec les apprenants et demandent que l’accent soit toujours mis sur la pratique parce qu’elle est très importante. Elles souhaitent également un suivi-évaluation des apprenants après chaque formation.

 

Françoise Tougry

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *